Du principe d’incertitude à la bombe atomique: Heinseberg, le héros/salaud

Trois ans après son prix Goncourt, Jérôme Ferrari consacre un roman au physicien allemand, pionnier de la mécanique quantique, qui a tenté de doter les nazis de la bombe alors qu’il n’avait aucune sympathie pour Hitler.

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Dans la série télévisée «Breaking Bad», un petit professeur de chimie nommé Walter White, apprenant qu’il va mourir d’un cancer du poumon et souhaitant mettre sa famille à l’abri du besoin, décide de fabriquer et de vendre de la méthamphétamine, activité autrement plus lucrative que l’enseignement. Sa métamorphose en criminel s’achève lors d’une scène fameuse, où un chef de gang lui demande son nom. Il doit choisir son pseudonyme de dealer. Au débotté, il dit: «Heisenberg.» Sous ce sobriquet germanique aujourd’hui mondialement célèbre, il va devenir un des pires sociopathes que la pop culture a enfantés.

Walter White explique plus tard ce choix par son admiration pour le physicien allemand WernerHeisenberg, prix Nobel 1932, héros de la mécanique quantique qui a énoncé le célèbre principe d’incertitude en 1927. Mais la dédicace est aussi un aveu de culpabilité: à l’inverse d’Einstein, effigie antinazie, Heisenberg symbolise dans l’histoire des sciences la compromission morale et la collaboration avec le Mal. Ce natif de Bavière a choisi en 1933 de rester en Allemagne. Il a enseigné à l’université de Leipzig où il fallait lever le bras au début de chaque cours, et où il était interdit de mentionner les physiciens juifs. Il ne s’est pas même contenté d’être complice par passivité : pendant la guerre, il a dirigé le projet Uranium, rival du projet Manhattan, qui devait doter le IIIe Reich de la bombe atomique.

Ainsi racontée, l’affaire Heisenberg semble pliée. Elle est pourtant d’une complexité insondable. «Mettez tous les éléments de sa vie sur papier: vous lui décernerez une médaille ou vous l’enverrez en prison, dit Jérôme Ferrari. C’est indécidable.» Trois ans après son prix Goncourt, l’auteur du«Sermon sur la chute de Rome» consacre «le Principe», son nouveau roman, à Werner Heisenberg. Comme le livre, événement rare, sort simultanément en Allemagne, on le rencontre à Berlin à la fin du mois de février, dans l’ambassade de France où une soirée est donnée en son honneur.

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