SNCF : les « indigènes du rail » réclament justice

Lundi, 832 « chibanis », ces travailleurs maghrébins immigrés, vont se retrouver devant le conseil des Prud’hommes de Paris. Ils accusent la SNCF, l’entreprise dans laquelle ils ont souvent travaillé toute leur vie, de discrimination. Une procédure, qui dure depuis plus de dix ans, et qui pourrait coûter des millions à l’entreprise.

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Pendant de longues années, ils ont travaillé jour et nuit, à assembler les trains ou à réparer les rails. Ils se sont pliés aux horaires, aux contraintes et aux obligations de la SNCF. Mais jamais, Mohammed, Ahmed et les autres, n’ont eu accès au statut de « cheminot ». Pas de promotion, pas de départ à la retraite à 55 ans, pas de trajets gratuits, pas de formations. Motif : leur nationalité, marocaine. Une « discrimination » qu’ils tentent de prouver depuis de longues années et qu’ils vont porter lundi, devant le conseil des Prud’hommes de Paris.

Ces « chibanis » (« cheveux blancs » en arabe) sont arrivés en France dans les années soixante-dix. À l’époque, la SNCF a besoin de main-d’œuvre. Pour eux, elle crée un statut spécial : les « PS25 ». Un statut sur-mesure, qui n’a jamais évolué. « Ils ont eu la dureté du travail de cheminot, mais aucun avantage ! » résume pour metronewsAbdelkadder Bendali, un Marocain, professeur d’économie et de droit du contentieux, qui les épaule depuis 2009.

« La gare, c’est vous »

Mohammed Alja fait partie des 832 dossiers qui seront étudiés à partir de lundi par les prud’hommes. Aujourd’hui à la retraite, cet homme de 65 ans touche 943 euros par mois. « Un Français touche 1 600 euros. Pourtant, on a travaillé avec eux, on a fait les mêmes horaires, on a trimé dans les mêmes conditions », souligne-t-il. Arrivé de Casablanca « le 20 novembre 1973 », il n’a pas quitté la gare de triage du Havre. « Je m’étais fait des amis français au foyer en arrivant, raconte-t-il. Aujourd’hui, ils sont directeurs de gare ». Il a pourtant demandé à passer des formations, mais jamais il n’a pu évoluer au sein de la société. « J’aurais pu avoir un prix Nobel que ça n’aurait pas marché ! La nationalité, c’était comme un barrage », soupire-t-il.

La somme de travail qui attend le conseil des Prud’hommes est considérable et les audiences vont s’étaler sur quatre jours. Les avocats demandent en moyenne 400 000 euros de dédommagement par personne. Soit un coût d’environ 350 millions pour la SNCF. « Ils ont subi un préjudice de carrière et un préjudice de retraite, détaille maître de Lesquen-Jonas, qui les défend. Nous demandons le respect de leur contrat de travail, sur lequel il était écrit noir sur blanc l’égalité de traitement avec les salariés français ».

« 400 000 euros, ce n’est rien au regard de ce que la SNCF a économisé pendant des années, renchérit Abdelkadder Bendali, qui se souvient d’une anecdote : « lors de son pot de départ, un chef de gare à rendu hommage à un Marocain, en lui disant : ‘la gare, c’est vous. Mais la seule chose qui vous a freiné, c’est votre nationalité ». Le jugement sera rendu aux alentours du mois de septembre.

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